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Dernière mise à jour : 2017-08-18
 Les vendanges 2011 au fil des jours... Français   English   

Les vendanges 2011 au fil des jours

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Tout le monde a certainement encore à l’esprit le mois de décembre 2010 froid (nuit du 26 décembre) et abondamment neigeux. La suite de l’hiver a pourtant été plus douce et ensoleillée que la normale avec des précipitations très faibles (26 resp. 14 mm en janvier et février 2011). Ce déficit de précipitations a duré jusqu’au mois de juin.
Le débourrement a eu lieu avec une quinzaine de jours d’avance sur une année normale. Le temps sec et ensoleillé a permis un rapide développement du cycle végétatif de la vigne avec pour conséquence une floraison avec 2 à 3 semaines d’avance. Les bonnes conditions météorologiques au cours de la floraison ont conduit à une belle mise à fruits. Seul quelques parcelle (Riesling notamment) ont subi des phénomènes de millerandage.
Les mois d’été, plus humides et frais, ont induit un ralentissement du développement de la vigne. A la fin du mois d’août il manquait une cinquantaine de millimètres de précipitations par rapport à 2010 et 2009. Une grande partie du déficit des précipitations a donc été rattrapé.
Durant cette année, le vignoble a été constamment balloté dans les extrêmes : températures très douces voire chaudes au printemps, sécheresse ensuite, grosses précipitations durant les mois d’été. La difficulté a été de gérer les sols au mieux de manière à éviter une trop forte concurrence de la couverture herbeuse lors de la période sèche et d’avoir de l’herbe ensuite pour absorber les fortes précipitations et éviter un accroissement trop rapide de la taille des baies.
Après toutes ces péripéties, les dates des vendanges sont fixées au 7 septembre pour les Pinot et au 12 septembre pour les autres cépages. Les Crémants quant à eux ont eu une ouverture précoce dès le 25 août.
Les contrôles de maturités effectués le 29 août sur les parcelles destinées à l’élaboration du Crémant nous laissent entrevoir de beaux taux de sucres. La dégustation des baies nous montre pourtant que les fruits n’ont pas encore atteint leur optimum. Nous décidons donc d’attendre une grosse semaine et de profiter des belles journées de soleil annoncées par la météo. Nous devrions donc démarrer les Crémants vers le 7 septembre 2011 si les conditions le permettent.

Jeudi 8 septembre 2011chardonnay_350_px.jpg
C’est parti ! Nous avions fait le pari du beau temps hier après-midi, mais les éclaircies sont arrivées avec 2 heures de retard de sorte que tout à été reporté à ce matin. Temps sec, nuageux, doux avec une légère brise. De belles conditions pour se mettre en route avec les Crémants. Certains esprits perspicaces vont me dire «pourquoi si tard alors que certains ont commencé vers le 25 août ? » Plusieurs raisons à cela : D’une part, nos vignobles situés à plus de 85 % au dessus de la route des vins sont bien plus tardifs que ceux de la plaine en raison du micro-climat aéré qui baigne nos coteaux en conférant aux vins qui en sont issus cette délicate fraîcheur liée à l’acidité qui aura été préservée dans les raisins. Au-delà de cet aspect lié au terroir, nous avons fait le choix d’élaborer nos Crémants à partir de raisins mûrs de manière à avoir de belles acidités tartriques nous permettant de travailler sur les premiers jus les plus fins issus des pressoirs (la Cuvée) sans avoir à faire la fermentation malo-lactique destinée à dégrader l’acide malique (celui de la pomme donnant cette impression de verdeur aux vins), en acide lactique dont la perception est moins forte. Cette maturité des acides n’est certainement pas atteinte sur des moûts à 10% de potentiel alcoolique. Enfin, nos installations de pressurage nous permettent de presser ce que nous récoltons sur une courte période. Nous pouvons donc récolter à juste maturité.
La journée démarre dans les Chardonnay dont les couleurs jaunes et les baies légèrement  tachetées ont étonné plus d’un vendangeur de l’équipe (photo).  Nous continuons ensuite dans les Pinot Blanc et Noir eux aussi en très bel état sanitaire. Si à certaines époques de l’année nos vignes étaient faibles en vigueur, en fin de cycle, lorsque les pluies sont arrivées, l’état sanitaire des raisins n’a pas été altéré.
Demain si les conditions nous le permettent, nous terminons les Crémants.

Vendredi 9 septembre 2011
Au moment de sortir quelques gouttes de pluies veulent tester notre détermination sans arriver à nous démotiver. La suite de la journée, très chaude avec des températures proches de 30°C) nous donne raison.
Nous terminons donc nos Crémants Pinot Noir et Pinot Blanc sur les parcelles situées au pied des coteaux (Pinot Noir) et orientées Nord-Est (Pinot Blanc). L état sanitaire excellent et les belles maturités nous permettrons d’élaborer de beaux vins de base.
Un vigneron qui se passionne pour les dictons et méthodes ancestrales permettant de « prédire » la météo me fait remarquer la forte présence d’araignées dans les vignes. Cela sera signe de beau temps pour les jours à venir. Nous verrons bien…De mon côté, en regardant ce qu’il « reste à pleuvoir » par rapport à une année normale, je ne peux qu’espérer que ces précipitations se concentrent après les vendanges.

feuilles_osterberg_350_350.jpgDimanche 11 septembre 2011
Ce soir nous commençons à y voir plus clair sur la situation de nos parcelles : Les Pinots Blancs et Auxerrois titrent de 11,5 à 12%. C’est un peu court. Mais l’état sanitaire quasi parfait nous permet d’attendre quelques jours encore. Les Pinot Noirs et Gris sont plus mûrs (autour de 12.5-12.8%). Dans les situations peu venteuses et peu aérées il va falloir récolter les raisins bientôt (certainement vers le milieu de la semaine prochaine). Les Riesling nous donnent plus de soucis. Certaines peaux sont fragiles en piémonts de coteaux et l’on peut détecter une amorce de botrytis. Nous les suivrons de près cette semaine et n’excluons pas d’intervenir sur certaines parcelles dès la fin de semaine. Les Gewurztraminer mûrissent  et prennent de la couleur. Nous verrons cela dans une dizaine de jours a priori. Restent les Sylvaner qui présentent des niveaux de maturité de 11 à 12.8% ! Il est grand temps d’intervenir sur ces parcelles si l’on veut pouvoir élaborer des vins frais et légers. Nous en profiterons aussi pour récolter les parcelles voisines des bordures des forêts. Toutes ces prévisions dépendent maintenant totalement de l’intensité et de la gravité de l’épisode orageux qui commence à se développer sur la région qui a été placée en vigilance orange par Météofrance.  Des chutes de grèles sont annoncées sur le sud de l’Alsace. Demain nous serons plus renseignés…

PS : demain c’est la pleine lune ! S’il fait beau, nous devrions avoir 4 semaines de beau temps selon les dictons des anciens.





Lundi 12 septembre 2011sylvaner_2011.jpg
Plus de peur que de mal : les orages sont passés sans faire de dégâts et sans générer trop de précipitations. Il n’a en effet plu que 3 mm et c’est parfait ! Nous pouvons donc nous remettre au travail dès le matin sans craindre pour les sols. La journée sera belle, ensoleillée et chaude dans l’après-midi.
Par rapport à la semaine dernière, l’équipe des vendangeurs a été étoffée mais de manière modérée. Il est en effet hors de question de se précipiter. Cela nous permettra de rayonner sur la périphérie du vignoble, de récolter les petites parcelles, celles qui sont mûres ou celles qui pourraient poser problème.
Comme prévu nous faisons une tournée dans nos (vieilles) parcelles de Sylvaner. Les degrés compris entre 11 et 12.2% sont parfaits pour les types de vins que nous recherchons sur ce cépage : des vins secs, gouleyants et faciles à boire. L’état sanitaire parfait devrait nous permettre d’accéder à belle définition et une grande pureté des arômes. A nouveau nous remarquons que les baies sont remarquablement tachetées cette année. Nous n’avons pas d’explications à cela.
Par rapport à la semaine dernière (récolte des Crémants), les moûts semblent présenter plus de gras et d’ampleur. Du côté des pressoirs cela semble bien se passer mais il nous faudra plus de recul pour avoir une idée précise des taux d’extraction. Nous avions en effets des inquiétudes suite au printemps sec, mais l’été pour le moins humide semble avoir corrigé le tir de ce côté-là aussi. A suivre…

Mardi 13 septembre 2011
La journée est à nouveau belle et ensoleillée. Nous la passons dans les Pinot Blanc et Auxerrois. Pour ceux qui ne sont pas totalement familiers des cépages alsaciens, rappelons que l’origine de l’Auxerrois est assez mystérieuse. Les premières citations de ce cépage apparaissent après 1914 dans les travaux de WANNER, Directeur de la Station de Viticulture de Laquenexy, près de Metz. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre son nom, l’Auxerrois serait donc originaire de Lorraine et non de Bourgogne. On l’appelle d’ailleurs aussi Auxerrois de Laquenexy. Bien qu’appelé Pinot Auxerrois par certains, l’Auxerrois n’a rien à voir avec la famille des Pinot ! Enfin, pour rajouter dans la complexité, le Malbec, qui est un cépage noir, est appelé Auxerrois à Cahors !
Développé par la Station de Recherches Viticoles et Oenologiques de Colmar après 1950, l’Auxerrois a vu ses surfaces exploser, passant de 300 ha environ en 1958 à près de 2000 ha en 2000. Bien que largement présent dans le vignoble alsacien, ce cépage apparaît rarement sur les étiquettes des vins d’Alsace. Il est en effet souvent assemblé au Pinot Blanc et vendu sous cette appellation. On l’intègre aussi volontiers au Crémant d’Alsace auquel il apporte beaucoup de fruité.
L’Auxerrois se caractérise par des grappes de raisin assez compactes de taille petite à moyenne. Les baies sont sphériques, de couleur doré terne, leur peau est fine et la pulpe molle. Ce cépage, de vigueur moyenne et de bonne précocité, est bien adapté aux vignobles septentrionaux et aux terroirs calcaires. Il permet de produire des vins fruités, à bonne teneur en alcool et de faible acidité. Un vin issu à 100% de l’Auxerrois se reconnaît par son caractère épicé et doux. Il accompagne avec bonheur les charcuteries, les viandes blanches, les quiches… C’est un vin de buffet par excellence.

Mercredi 14 septembre 2011
Encore une belle journée chaude et ensoleillée. Dans la continuité de la veille, nous nous concentrons principalement sur les parcelles d’Auxerrois.
Dans la soirée, les températures deviennent brusquement plus fraîches annonçant une nuit étoilée.

Jeudi 15 septembre 2011
Les températures ont bien chuté durant la nuit (8-9°C le matin), mais remontent rapidement durant cette nouvelle très belle journée d’automne. Nous décidons de faire un premier tour dans les Pinot Gris, principalement dans les parcelles les moins aérées où le risque de développement de pourriture est le plus élevé. Un front pluvieux est annoncé pour la fin de semaine. Cela pourrait avoir un effet dévastateur sur des Pinot Gris mûrs. L’état sanitaire est excellent voire parfait.  A 12.8% d’alcool potentiel sur les raisins du premier pressoir (appellation Alsace), nous nous orientons vers un vin fini à 13.5% d’alcool compte tenu du rendement des levures plus élevé que le rendement théorique de transformation du sucre en alcool que nous leur attribuons. En général nous avons noté que l’expression de ces vins apporte le plus de plaisir lorsque le degré d’alcool acquis se situe entre 12.5 et 13%. Nous veillerons donc à décourager les levures afin quelles n’aillent pas au-delà de cette limite, ce qui aura comme conséquence la présence d’une dizaine de g/l de sucres résiduels naturels. Compte tenu des équilibres alcool/sucres/acides qui se dessinent pour ce millésime, nous veillerons à garder des vins aériens, digestes et plaisants.

Vendredi 16 septembre 2011
Temps chaud et lourd avec des températures largement au dessus de 25°C en journée et de l’ordre de 18-20°C la nuit. Nous terminons de vendanger les Auxerrois des situations les plus tardives : le haut du Rengelsbrunn au dessus du Grand Cru Kirchberg et le Weinbaum plus à l’Est. A ce stade il nous reste encore les Pinot Blanc  Ribeauvillé situés dans l’aire du Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé.
La journée est terminée dans les Muscat (Ottonel et Alsace). Après un léger foulage et un éraflage,  les baies éclatées sont mises à macérer avec le jus sur le pressoir pour la nuit. Cette macération pelliculaire est destinée à faciliter l’extraction des précurseurs d’arômes situés dans la pellicule des baies. Le lendemain, nous laissons écouler le jus et procédons au pressurage des baies restantes.

ri_2011_350px_h.jpgDimanche 18 septembre 2011
Etat de nos vignobles : Les Riesling sont magnifiques avec quelques départs de botrytis en général au stade « pourri plein ». Les degrés dans l’appellation Alsace se distribuent entre 12 et 13.2%. Les belles journées qui vont arriver seront parfaites pour parfaire le travail. Les Pinot Noir commencent à flétrir sur les parcelles les plus mûres. Excellent état sanitaire aussi. Degrés autour de 12.5%. Les pépins sont bruns et sont le signe de fruits mûrs. Enfin les Gewurztraminer ont bien évolué depuis 2 semaines. Ils sont au dessus de 13% et présentent pour certains de beaux départs de pourriture noble.

Lundi 19 septembre 2011
Une petite averse tente de nous décourager de sortir à 8h. Fort heureusement elle n’aura pas eu le temps de mouiller les raisins. Nous sortons donc et la météo sera clémente durant le reste de la journée avec un ciel souvent menaçant mais parfois aussi parsemé de quelques éclaircies.
Le début de journée est mis à profit pour tester les Riesling en appellation Alsace. Les raisins présentent quelques baies atteintes de pourriture noble apportant gras et arômes complexes au vin. La fin de journée est ensuite consacrée au Pinot Noir des situations en piémont de coteaux. L’état sanitaire quasi parfait (l’enherbement assez massif a bien permis de protéger les Pinots cette année et c’est un très gros avantage pour les Pinot noirs qui doivent impérativement être récoltés sains). L’équipe avance rapidement.

Mardi 20 septembre 2011
Les conditions anticycloniques se mettent en place comme annoncé. Après une nuit étoilée et très fraîche, la journée sera lumineuse ensoleillée et chaude. Un temps parfait pour toutes les baies dont la pellicule a été attaquée par botrytis cinerea et qui ne demande qu’à dessécher.
Au programme de la journée, un test dans les Gewurztraminer. Après pressurage, nous notons une nette montée des degrés. Cela confirme la présence de baies flétries qui ont libéré les jus très concentrés. Les Riesling sont vendangés ensuite. A la dégustation, nous notons des moûts d’une grande pureté aromatique présentant une grande complexité d’arômes où les notes épicées se combinent à celles de fruits bien mûrs.

Mercredi 21 septembre 2011
Encore une magnifique journée d’automne. L’après-midi est même chaud. Nous abordons maintenant le Steinacker. Situé au pied des terrasses de la vallée du Rhin, le Steinacker (« Champ de pierres ») est un terroir de graves et de limons sableux avec une charge en galets siliceux. Le micro climat spécifique à cet endroit, où alternent en automne des brumes matinales et de belles journées chaudes et sèches est propice à la formation de pourriture noble sur les raisins.  Il nous offre donc chaque année des Riesling gouleyants, ouverts, fruités, gras, pas trop secs et à l’acidité peu marquée. Après pressurage on mesure combien les dernières journées ont été bénéfiques pour parfaire le cycle de maturation des raisins. Par rapport à lundi, on peut dire que les raisins ont gagné de l’ordre de 0.5°. Le reste de la journée est passé dans les Gewurztraminer pour l’appellation Alsace. Pour ce cépage aussi, nous notons une belle progression des degrés d’alcool potentiel des raisins.

Jeudi 22 septembre 2011zellenberg-350-px_1.jpg
Temps sec, doux et couvert avec quelques éclaircies dans l’après-midi.
Nous consacrons à nouveau la journée au Riesling en appellation Alsace et au Steinacker. Compte tenu des équilibres alcool/sucres/acidité que nous entrevoyons pour les vins de ce millésime nous ne souhaitons pas aboutir à des valeurs d’alcool acquis trop hautes ni à des vins doux. Au rythme où augmentent les degrés potentiels sous l’effet de ces belles journées chaudes, de ces nuits fraîches nous ne voulons ni avoir des vins sucrés ni avoir des vins trop hauts en alcool. Ce deuxième pressoir de Steinacker commence à couler à 13.8%. C’est beaucoup. C’est beaucoup. Compte tenu de cette très belle matière, un cycle de pressurage long et doux de 11h30 est choisi. Il permettra une macération pelliculaire destinée à extraire les arômes des peaux mûres des raisins. Nous comptons sur les parcelles qui seront récoltées demain pour revenir à des valeurs qui nous permettront une gestion des équilibres plus facile.

Vendredi 23 septembre 2011
Une autre très belle journée automnale, ensoleillée et chaude.
Nous terminons de vendanger les parcelles les moins précoces du Steinacker. Au pressoir les moûts sont moins riches et plus vifs comme nous l’espérions (12°8). Ils seront assemblés aux moûts récoltés hier. Le Steinacker 2011 devrait donc être parfaitement dans son style : expressif, (le botrytis présent sur quelques raisins joue le rôle d’un exhausteur d’arômes), gras, (grâce à l’apport de glycérol par ce même botrytis), fruité et équilibré. Nous terminons la semaine tôt dans l’après-midi après être passé dans 2 parcelles de Gewurztraminer. Nous notons en 3 jours une progression fulgurante des degrés des raisins puisque nous sommes passés de 13.2° à 14.3°. Il conviendra de rester vigilant et ne pas se laisser dépasser par des maturités trop fortes pour pouvoir garder fraîcheur, légèreté et équilibre dans les vins.
Ce soir il nous reste environ 15 ha à vendanger : quelques parcelles en appellation Alsace, les Crus et les Grands Crus. La possibilité de produire des Vendanges Tardives et Sélections de Grains Nobles existe, mais reste totalement dépendante des conditions climatiques que nous aurons dans les prochains jours. Un contrôle exhaustif des parcelles s’impose pour récolter chaque Cru à sa maturité optimale.
Du côté de la technique, nous avons augmenté de 50% notre capacité à presser les raisins en raisins entiers sans foulage ni pompage. Désormais nous sommes en mesure de charger tous les 3 pressoirs de cette manière. Nous gagnons en rapidité et réactivité : tous les raisins sont traités immédiatement lorsqu’ils rentrent en cave. En cette année chaude c’est un point très important. Nous obtenons des jus clairs et faciles à débourber (absence de trituration des raisins).

pb_ribo_2011.jpgLundi 26 septembre 2011
La fin de semaine a été chaude et ensoleillée. Nous sommes en conditions anticycloniques. Cette journée est à nouveau très chaude. Une vraie journée d’été.
Nous démarrons sur la Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé dans les parcelles de Pinot Blanc. Ce cépage ne peut être revendiqué en Grand Cru. Les parcelles sont conduites selon les règles des Grands Crus. Nous séparons cette cuvée : c’est le Pinot Blanc Ribeauvillé. Nous sommes surpris par le décalage entre les prélèvements des contrôles de maturité réalisés en fin de semaine et ce que nous notons au pressoir : les moûts sont plus riches que ce que nous attendions. C’est un phénomène classique qui se produit tous les ans : à partir d’une certaine date la méthode utilisée pour prélever de manière aléatoire des baies de manière à estimer l’avancement de la maturité des parcelles devient  de plus en plus imprécise. En général la maturité réelle est plus élevée. Lorsque l’on arrive à ce stade, le mieux est de vendanger une partie des parcelles et de regarder ce que cela donne.
Sur la base de ces résultats, nous modifions notre programme pour aller dans les Pinot Gris du Grand Cru Kirchberg. La semaine dernière je les mesurais entre 12.5 et 13°. Il y a fort à parier que compte tenu de la remarque précédente nous devrions nous situer entre 13.2 et 13.7°. Les pépins étant bien bruns, il est grandement temps de rentrer ces Pinot Gris. La journée est ensuite passée dans les Pinot Gris en appellation Alsace. Compte tenu de la chaleur étouffante dans l’après-midi nous arrêtons la journée tôt. Le programme de la semaine nous commande en effet de préserver l’équipe : il y aura encore de rudes coteaux à grimper durant cette semaine qui arrive : Hagel, Grossberg, Kirchberg, Osterberg…
Au pressoir les moûts de ces Pinot Gris développent des arômes fumés voire épicés.

Mardi 27 septembre 2001trottacker_2011.jpg
Il fait toujours aussi beau et chaud. Les nuits sont même très douces et de nombreuses chauves-souris se gavent des milliers de drosophiles qui rôdent autour du vendangeoir. Les températures en journée atteignent 27°C.
Pour la première partie de la journée l’équipe des vendangeurs est scindée en deux. D’un côté les « montagnards » vont récolter la parcelle du Hagel au dessus de la gloriette tandis que le reste de l’équipe se chargera de la parcelle du bas. Le Hagel se situe sur les contreforts granitiques des Vosges, sur des pentes très raides et non mécanisables sous les ruines des Trois châteaux de Ribeauvillé. La présence de granit, les sols très pauvres et les vents qui rafraîchissent ces coteaux pendant les nuits d’été confèrent au Hagel une finesse, une minéralité et une droiture exceptionnelles. Ce vin sec, pur, racé, ciselé par une acidité délicate est un véritable cru de gastronomie.
Nous changeons ensuite de coteau et passons sur le Trottacker. Situé sur des marnes argileuses et profondes, à l’Est du Grand Cru Osterberg, le Trottacker produit un vin très ample, complexe et structuré. Sa légère douceur est toujours équilibrée par une belle fraîcheur, permettant à ce vin une grande polyvalence à table et hors repas. Cette année ne fera pas exception : la majeure partie du pressoir s’écoule en effet entre 14.5° et 15°.
Enfin, pour terminer la journée, nous glissons vers un petite parcelle du Grand Cru Osterberg en Pinot Gris. Ce seront les derniers Pinot Gris pour ce millésime.
Si les vignes avaient gardé leurs couleurs estivales jusqu’à présent, nous notons depuis 2 jours un basculement vers les magnifiques couleurs automnales.

grossberg_2011.jpgMercredi 28 septembre 2011
Il fait toujours beau et chaud.
Nous démarrons la journée sur les pentes du Grossberg. Sur ce terroir calcaro-gréseux, exposé au sud et sud-ouest et jouxtant le Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé, les parcelles sont conduites avec de très petits rendements. Comme tous nos raisins, les Pinot Noir sont vendangés à la main et scrupuleusement sélectionnés pour leur maturité et leur parfait état sanitaire. Ils sont ensuite éraflés et foulés avant cuvaison pendant laquelle pigeages et remontages vont se succéder de manière à extraire les pigments des peaux des raisins. Avec 13.5° d’alcool potentiel sur les raisins, le vin devrait supporter le passage sous bois qui renforcera sa structure tannique.
Nous continuons  ensuite sur le Rotenberg : La « colline rouge », seul terroir à calcaires rouges de Ribeauvillé, produit chaque année des vins élégants, expressifs, riches et complexes sur des arômes où se mêlent les épices, les fleurs et fruits mûrs. Cette année la parcelle est restée très saine. A la faveur des conditions météorologiques des derniers jours les quelques foyers de botrytis présents ont été stoppés dans leur développement. La progression des maturités se fait donc plus par concentration des jus des baies que par le fonctionnement de la plante.
La dernière partie de la journée est destinée à « tester » les Riesling dans les Grands Crus. Nous attaquons donc la partie basse du Grand Cru Osterberg située au cœur du Grand Cru non loin du dessableur. Nous avons bien fait. Il est en effet grand temps de rentrer ces raisins qui titrent déjà 13.5°. Aller au-delà nous exposerait à obtenir des vins déséquilibrés compte tenu du rendement des levures. En effet, n’oublions pas qu’un moût à 13.5° doit être considéré comme un moût à 14° d’alcool potentiel au minimum. Si nous ne voulons pas avoir plus de 8 g/l de sucres résiduels dans le vin, il faudra motiver les levures pour qu’elles travaillent jusqu’à 13.5°. Au pressoir les jus sont clairs, nets et semblent montrer un côté tannique. Le caractère « osseux » de l’Osterberg s’exprimerait-il déjà ? A voir…

Jeudi 29 septembre 2011
Les conditions météorologiques restent inchangées : beau temps chaud et ensoleillé. La soirée est plus fraîche que la veille. Ce n’est pas une mauvaise chose.
Comme prévu, nous terminons les Riesling sur le Grand Cru Osterberg . Il s’agit de la parcelle située à la confluence des  trois Grands Crus de Ribeauvillé : Kirchberg de Ribeauvillé, Geisberg et Osterberg. Cette parcelle présente une maturité marginalement moins élevée que celle récoltée hier (13°1). Il y a fort à parier que les deux parcelles seront assemblées pour arriver à un vin équilibré. La suite est logiquement la récolte du Grand Cru Kirchberg avec ses Riesling. Les conditions sont difficiles : pour les vendangeurs il fait très chaud (ce Grand Cru est exposé vers le sud et la parcelle du cœur du Grand Cru sur laquelle nous avons nos Riesling est très pentue). Les sols sont très secs. Les évolutions du tracteur vigneron qui sort les botiches vers les remorques se font avec une grande prudence. Les raisins présentent très classiquement quelques traces de botrytis. Le cycle de pressurage choisi est donc un cycle long (12h30) et doux permettant d’extraire les jus surmûris en essayant de ne pas endommager les structures de glucanes liées au botrytis (ce qui aurait entre autres pour conséquence des soucis de débourbage et de filtration). La pression maximale du dernier cycle de pressurage est réduite de manière à ne pas extraire les derniers jus plus faibles en acidité (présence de potassium). Cela diminue par ailleurs le risque d’extraire des éventuelles amertumes qui auraient pu avoir été induites par la sécheresse du début de l’été.

Vendredi 30 septembre 2011gw_2011_350_px.jpg
Les hautes pressions sont toujours bien en place. Pas un nuage dans le ciel. Temps chaud (26°C).
Nous remontons sur l’Osterberg pour nous cantonner dans les Gewurztraminer. Les raisins dans les différentes parcelles sont plus ou moins attaqués par la pourriture noble. Les peaux commencent à se distendre signe du début du phénomène d’évaporation et par conséquent de concentration des sucres, des acides et des minéraux dans les jus des baies. Après un long pressurage (12h) assurant un contact long entre les jus et peaux des baies le moût est mesuré à 14.8° d’alcool potentiel. Au déchargement les marcs dégagent de beaux arômes d’épices. Ils seront éraflés et mis à fermenter. Après distillation nous obtiendrons notre Marc de Gewurztraminer.
Un tour des dernières parcelles de Gewurztraminer à vendanger nous laisse entrevoir la possibilité de récolter des raisins pour l’élaboration des Vendanges Tardives. La rosée présente sur les raisins le matin est un facteur favorable pour l’évolution du botrytis qui, rappelons le, a besoin d’humidité (mais pas trop) pour se développer. Les journées ensoleillées de la fin de semaine permettront d’assurer que ce départ de ce botrytis se transforme bien en pourriture noble.

gw_sgn_2011.jpgLundi 3 octobre 2011
Temps inchangé : beau chaud et sec. Tout au plus une petite rosée est présente au sol le matin.
Nous passons la journée dans les Gewurztraminer des piémonts de coteaux. Ceux–ci présentent quelques traces de botrytis, des baies très concentrés voire desséchées et des baies saines. Nous faisons valider ce premier pressoir en Vendanges Tardives par un agent officiel.

Mardi 4 octobre 2011
Il fait toujours beau. Les nuages sont prévus pour demain.
Nous terminons les Gewurztraminer. Le Gruenspiel et le Hagenau en matinée. Ces sols lourds permettent une belle maturation des raisins grâce à un apport régulier d’eau au cep de vignes. Nous poursuivons ensuite sous le Grand Cru Osterberg dans les Turnert. Le botrytis est présent de manière discrète mais sous sa forme noble et pure. Après une programme de pressurage combinant douceur et longueur, les moûts issus de ces raisins sont validés en Vendanges Tardives par l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion).
La journée et les vendanges 2011 se terminent dans une petite parcelle de chasselas et autour d’un pot pris à l’ombre et au frais du vendangeoir.
Il y a maintenant près d’un mois nous plaisantions en voyant arriver le beau temps et en souhaitant (sans trop y croire) qu’il fasse beau durant un mois. C’est ce qui est arrivé.  Reste maintenant à bien gérer les équilibres de ces vins. C’est tout à fait faisable et ces vins devraient ravir les amateurs de vins purs, amples et gras.


Etienne SIPP

NB : les photos de ce récit ont été réalisées ces derniers jours. Elles participent donc totalement à l'illustration de ce millésime.



Accueil separator.jpg Recherche separator.jpg Contact separator.jpg Une réalisation de Soluxa separator.jpg Crédit photos : Etienne Sipp
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